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A l’occasion su Salon du livre et de la presse jeunesse qui se tient jusqu’au lundi 3 décembre à Montreuil (Seine-Saint-Denis), je vous présente un livre pour les ados qui parle de la presse : le mien… Heum pas très déontologique, tout ça ! Un mot dont vous découvrirez les subtilités dans cet abécédaire consacré à la presse et aux personnes qui la font vivre sous toutes ses formes. Alors, pour faire un peu plus déontologique, j’ai demandé à Charline Coeuillas, jeune journaliste de 21 ans, de m’écrire pour mon blog un papier sur mon livre.

Les illustrations de la couverture, comme toutes celles du livre, sont signées Nicolas Wild

Lorsqu’à 14 ans, j’ai commencé à vouloir être journaliste, je ne connaissais rien à cet univers particulier. Je savais à peu près, grâce à mon magazine Okapi, comment on faisait un journal, mais ça s’arrêtait là.

Lorsqu’à 17 ans, j’ai tenté les concours des écoles de journalisme, je n’en savais pas beaucoup plus. La carte de presse, kesako ? La charte des journalistes ? Jamais entendu parler. Malgré ces lacunes, j’ai intégré une école. Ce fut la découverte d’un nouvel univers, bien particulier, dont je n’avais pas connaissance ! J’y ai tout appris : le rôle des agences de presse, les différents types d’articles, la structure des entreprises de presse, l’histoire et la législation du métier…

Lorsqu’à 21 ans, j’ai reçu ma carte de presse et suis officiellement devenue journaliste, toute ma famille m’a demandé « Quand est-ce qu’on te voit au 20h ? ». Zut de flûte, ne savent-ils pas qu’il y a des milliers d’autres professionnels, autres que le présentateur TV, qui travaillent dans la presse ?

Avec Les dessous de la presse, j’ai ressenti à la fois un grand plaisir et un immense soulagement. Plaisir de (re)découvrir tout ce que j’avais étudié : les groupes de presse, le nom des grands reporters, les devoirs des journalistes… Et le soulagement puisqu’enfin, j’allais pouvoir répondre aux mal informés : « Tiens, lis ça, c’est mon métier ».

Avec humour, honnêteté et amour de la profession, Marion Gillot dévoile tous les dessous de la presse : ceux qui instruisent, inquiètent et font rêver.

Lorsqu’à 14 ans, j’ai commencé à vouloir être journaliste, personne ne m’avait dit que ce serait difficile. Avec ce livre, je l’aurais su… mais aurais quand même tenté le coup. Un livre indispensable aux futurs journalistes ! Et à tous les curieux.

Charline Coeuillas
> Les dessous de la presse, de Marion Gillot et Nicolas Wild, éd. Gulfstream, 12,50 €.

> La collection Et Toc, c’est aussi des abécédaires sur la télé, la police, le rock, l’argent, le théâtre…

Photo : Chloé Vollmer-Lo


Retrouvez-moi au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, lundi 3 décembre de 14h à 16h au stand Gulf Stream. Je ferai de belles signatures et Nicolas Wild, de beaux dessins (de presse).

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Mardi 4 septembre, c’est ton grand retour au collège. Figure-toi que moi aussi, je fais chaque année ma rentrée… au ministère de l’éducation nationale.

Les journalistes reçoivent un dossier de presse dans lequel ils trouvent toutes les informations pour rédiger leurs articles. Photo : MG

Comme chaque année depuis dix ans (!), je suis invitée, en tant que journaliste, à la traditionnelle conférence de presse de rentrée du ministre de l’éducation nationale. Il s’exprime face à la presse et expose les grandes orientations de l’année scolaire à venir. Cette année est différente des autres. Depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, le 6 mai dernier, la France est à gauche. Son éducation aussi ! Je m’attends donc à de nombreux changements.

Le ministre de l’éducation nationale fait aussi sa rentrée. Photo : MG

Je t’en livre d’abord quelques uns qui concernent la forme. Ils te paraîtront peut-être un peu anecdotiques, mais ils ne le sont pas tant que ça.

Le premier : la conférence de presse commence non seulement à l’heure mais même avec cinq minutes d’avance ! Rien de tel pour mettre les journalistes dans de bonnes conditions. Nous voilà rassurés sur la suite de notre emploi du temps (chacun pourra rentrer dans son journal en se disant qu’il aura le temps de finir son papier avant le bouclage) et sur le remplissage de notre ventre (nous pourrons avaler un sandwich à une heure décente avant de devoir filer pour faire notre papier).

Le second : le discours du ministre dure à peine 20 minutes. Il dit ce qu’il a à dire, mais rien de plus. Il laisse du temps au journaliste pour poser ses questions (sans qu’il ne se fasse de mauvais sang au sujet de son timing ou de son ventre, voir ci-dessus). Il laisse surtout du temps à sa collègue pour faire son discours alors que les journalistes n’en sont pas encore dans la phase « je n’écoute plus rien de ce que dit la personne qui parle parce qu’elle parle depuis trop longtemps ».

Le troisième : eh oui, le ministre n’est pas seul ! Il fait sa conférence de presse avec la ministre déléguée chargée de la réussite éducative George Pau-Langevin.

Le quatrième : pendant que sa collègue parle, le ministre s’assoit au premier rang à côté d’une journaliste. Et jette un coup d’œil sur ses notes pour voir si elle a fait son travail correctement. Sûrement pour rappeler qu’il a été professeur !

Bref au total, à 12h28, nos deux intervenants ont terminé leurs deux discours.

Sur le fond, qu’est-ce qui change pour toi dès cette rentrée ?

Pendant que le ministre refonde l’école, le bâtiment du ministère, rue de Grenelle à Paris, se refait une beauté !


1-Un nouveau calendrier scolaire

Tu le sais peut-être déjà, tu auras deux jours de vacances supplémentaires aux prochaines vacances de la Toussaint. Elles débuteront le samedi 27 octobre et se termineront le lundi 12 novembre au matin (au lieu du jeudi 7 novembre). L’idée est que tu aies désormais deux semaines pleines de vacances pour bénéficier d’un vrai temps de repos au milieu du très long premier trimestre.
Du coup, tu travailleras un jour de plus en avril ou en mai et tes prochaines vacances d’été commenceront le samedi 6 juillet au lieu du jeudi 4.

2-Des profs en plus
Deux cents quatre vingts profs de plus que ce qui était prévu ont été recrutés, notamment en maths, en français et en anglais. De façon générale, il y aura davantage d’adultes au collège pour s’occuper de toi : des CPE, des assistants d’éducation (les fameux « pions »), des assistants chargés de prévention et de sécurité (APS) dans les collèges les plus exposés à la violence, des auxiliaires de vie scolaire individuels pour accompagner les collégiens handicapés.

Ils n’ont pas parlé du brevet new-look car c’était un changement initié par le précédent ministre (Luc Chatel). Mais cette année, pourtant, le DNB (le vrai nom du brevet est Diplôme national du brevet) sera plus riche : tu auras plus d’exercices en maths et trois épreuves obligatoires en histoire, géographie ET éducation civique.

Au ministère, tu peux voir les visages de tous les ministres de l’éducation, depuis Antoine de Vatimesnil, en 1828. Aucune femme malheureusement sur cet imposant mur. Et si ce changement faisait aussi partie de la refondation de l’école ?

Attends-toi à d’autres changements à la prochaine rentrée. Pourquoi ? Parce que le ministre est en train de préparer une nouvelle loi sur l’école pour le début de l’année janvier 2013. Il ne le fait pas seul mais avec 600 personnes qui planchent actuellement sur des sujets qui te concernent directement : les notes, l’orientation, la durée des vacances ou de la journée de cours, le rôle des parents… Pour en savoir plus, je te conseille d’aller faire un tour sur www.refondonslecole.gouv.fr

Le 5 septembre, c’est la rentrée ! Adovox t’aide à l’aborder avec le sourire.

1-Au revoir les parents « Quoi, t’es pas couché ? », « T’es encore devant la télé ! Tu devrais plutôt aller faire un tour de vélo ». Ils ont été sur votre dos tout l’été… et voici enfin venue l’heure de la séparation. Tes parents repartent au boulot et toi aussi. Un peu d’autonomie, ça ne fait pas de mal ! On a encore plus de plaisir à se retrouver le soir pour se raconter sa journée (ou ce que l’on a mangé à midi !).

Vive les retrouvailles dans la cour de récré !

2-Bonjour les copains Le grand jour est arrivé : tu vas enfin retrouver toute ta bande ! Vive les conciliabules dans la cour de récré, les longues flâneries sur le chemin de la maison. Ah, comme c’est bon de revoir ses amis !

3-Des habits neufs En début d’année scolaire, tes parents sont plus enclins à ouvrir leur porte-monnaie pour une virée shopping. À toi la paire de basket dont tu as rêvé tout l’été ou le pantalon qui fait fureur cet automne. Côté couleur (en tout cas pour les filles !), on voit pas mal de blanc, de jaune, de camel, parfois en version « petits pois ». Côté matière, la mode penche pour le python… Les garçons, je compte sur vous pour me faire parvenir votre dress-code de l’automne !

4-C’est qui ce beau gosse ? Chaque nouvelle rentrée apporte son lot de p’tits nouveaux ou des p’tites nouvelles. C’est l’occasion de se faire de nouveaux amis. Pour briser la glace, pourquoi ne pas leur proposer une visite personnalisée du collège afin qu’ils se familiarisent avec le CDI, la cantine, le bureau du CPE…?

5-Adieu l’ennui Neuf semaines de vacances, c’est vraiment trop. A la longue, on finit par s’ennuyer ferme. Vive le collège et bonne rentrée à tous !

Maintenant, c’est à vous : racontez-moi votre rentrée, vos coups de coeur, vos coups de gueule.

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Cela fait aujourd’hui 500 jours que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, deux journalistes français, sont retenus en Afghanistan. Pourquoi enlève-t-on des journalistes ? C’est la question que j’ai posé à Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF).

Un rassemblement est prévu vendredi 13 mai à 14h15 sur le parvis de France Télévisions dans le 15e arrondissement de Paris. Les participants formeront symboliquement le chiffre 500. De son côté, RSF lance l'opération "Une mosaïqe contre l'oubli" et appelle les internautes à faire réapparaître les visages d'Hervé et de Stéphane en envoyant leur photo de profil Facebook.


Que faisaient Hervé et Stéphane en Afghanistan ?
Ils réalisaient une série de reportages pour le magazine Pièces à conviction (France 3). Ils enquêtaient sur la manière dont l’armée française aide la population afghane à reconstruire le pays. Après avoir suivi les militaires, ils ont voulu connaître l’opinion des Afghans sur cette intervention. Ils sont donc partis seuls à la rencontre de la population. C’est à ce moment-là qu’ils ont été enlevés par un groupe de talibans.

Que sait-on sur leurs conditions de détention ?
À priori, ils sont toujours détenus dans la province de la Kapisa. Ils seraient traités correctement. Mais ils sont soumis aux mêmes conditions de vie rudimentaires que les Afghans qui peuplent cette petite vallée montagneuse.

A-t-on des nouvelles d’eux ?
Non, pas récemment. La dernière preuve de vie remonte au 11 novembre 2010. Ce silence est très inquiétant. C’est la plus longue prise d’otage de journalistes depuis les enlèvements au Liban dans les années 1980.

Pourquoi enlève-t-on des journalistes ?
Les journalistes ne sont pas visés directement. Ils sont une source de revenus éventuels et un moyen de pression sur le gouvernement. Les talibans peuvent par exemple demander le retrait des troupes françaises d’Afghanistan.

À noter : Si tu veux être régulièrement tenu au courant de la situation, inscrits-toi sur le blog du Comité de soutien : www.liberezles.net

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Le nombre de réclamations traitées par le Défenseur des enfants a doublé en 10 ans

Rideau ! Mardi 26 avril, Dominique Versini, l’actuelle Défenseur des enfants a fait sa dernière conférence de presse. Le 1er mai, conformément à la loi votée par le Parlement le 15 mars, son poste va être supprimé au profit du Défenseur des droits (DDD). Ainsi s’achève la chronique de la mort annoncée de cette indispensable institution créée par la loi du 6 mars 2000.

Le feuilleton a débuté il y a plus d’un an et demi. Au début du mois de septembre 2009, Dominique Versini découvrait « avec stupeur » que deux projets de loi, devant être présentés au Sénat, supprimaient l’institution dont elle avait la charge ! Assurant n’avoir été ni prévenue, ni consultée, elle avait parlé de « maltraitance institutionnelle ». Des mots forts, certes, mais qui illustrent bien le sort qui est réservé à ceux qui, dans notre pays, s’occupent des enfants, une population qui représente pas moins de quinze millions de petites têtes de toutes les couleurs. Aujourd’hui, les 25 500 enfants, qui, depuis la création de la fonction de Défenseur des enfants, ont bénéficié de son aide pour démêler des situations souvent très douloureuses, doivent se sentir bien seuls.

Nommée en 2000 par Jacques Chirac, Claire Brisset fut la première Défenseure des enfants.

Pour moi, qui travaille dans la presse Jeunesse et qui suis l’actualité des enfants depuis plus de treize ans, ce triste épilogue n’a rien de surprenant. Pas un jour ne se passe sans que l’on soit témoin d’une attaque faite aux enfants. Je pense à cette matinale spéciale « Les jeunes et la violence » diffusée le 22 février 2010 sur France Inter et dénoncée à juste titre par l’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (Anacej) qui proposait à la station d’organiser une matinale spéciale « Les jeunes et l’engagement solidaire ». Je pense également au mauvais classement de la France dans le dernier « Bilan Innocenti 9 » en matière d’équité dans l’éducation. Je pense enfin aux aveux du journaliste François Busnel dans L’Express du 24 novembre 2010 : « Je n’ai jamais cru aux vertus de ce que le monde de l’édition appelle la « littérature jeunesse ». Sans doute est-ce une tare mais ce « secteur » m’est toujours apparu comme une production souvent mièvre et à soutenir des maisons en mal de chiffres d’affaires. » Les lecteurs de livre jeunesse apprécieront !

Cette fois, c’est la majorité des parlementaires qui a agi contre l’intérêt des enfants, renonçant ainsi à continuer le travail de ceux qui, au XIXème siècle, exigeaient un avenir meilleur pour les plus jeunes, tel Victor Hugo ou Jules Ferry.

Depuis Jules Ferry (1832-1893), les enfants bénéficient de l'école gratuite et obligatoire.

Plus grave : notre pays va à contre sens de ce qui se passe chez nos voisins européens. Alors que la plupart d’entre eux sont dotés de Défenseurs des enfants indépendants selon les critères du réseau Enoc (European Network of Ombudspersons for Children), la France choisit aujourd’hui de passer d’un Défenseur des enfants indépendant, visible et autonome à une institution dépendante du bon vouloir du Défenseur des droits. Mais qu’a-t-elle fait, Dominique Versini, pour être punie de la sorte ? Au cours des dernières années, elle s’est s’alarmée de la consommation d’alcool chez les mineurs, de la prolifération des fichiers enregistrant les moins de 18 ans ; elle a dénoncé la pauvreté qui rongent deux millions de petits Français, le recours trop systématique à la garde à vue pour les plus jeunes et le traitement des mineurs isolés étrangers dans notre pays. Il n’est pas sûr que l’adjoint au Défenseur des droits chargé des enfants puisse en faire autant.

Que la Suède, la Norvège, la Finlande aient un Défenseur des enfants indépendant n’a rien de surprenant. Mais il est intéressant de constater que la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Moldavie ont également fait ce choix. Dans ces pays, où la démocratie est encore fragile, l’enfant devient une priorité. Pas chez nous.

Le programme "Jeunes ambassadeurs de la Défenseure des enfants" a permis à 150 jeunes effectuant leur service civique de promouvoir les droits de l'enfant auprès des intéressés.

Défendre les enfants, aujourd’hui, n’est pas dans l’air du temps. C’est une idée à contre-courant et un acte militant. L’enfant n’a plus sa place dans notre pays. Il est parqué dans des TGV Family pour pouvoir faire « tout le bruit qu’il veut » sans déranger les autres passagers ou stigmatisé dans le bus par la dernière campagne de communication de la RATP : « On a beau adorer les bébés, avec les poussettes, faut pas pousser ».

Post-scriptum 1 : Dans notre pays, heureusement, il y a encore des associations, des juges, des médecins, des éditeurs, des journalistes, des parents, des enseignants, qui aiment les enfants. Je ne peux pas tous les citer mais ils se reconnaîtront.

Post-scriptum 2 : Merci à Alain Serres, directeur des éditions « Rue du Monde » pour avoir popularisé les aveux de François Busnel.

En septembre 2010, j’ai réalisé deux reportages sur les Roms ainsi qu’une interview d’un spécialiste de la question : Jean-Pierre Liegeois.  J’ai décidé de publier ce travail sur mon blog pour deux raisons. Tout d’abord parce que l’Union européenne vient tout juste de présenter à ses Etats membres une feuille de route qui les oblige (enfin !) à intégrer les Roms d’ici à 10 ans. Des plans nationaux doivent rapidement voir le jour pour leur garantir l’accès à l’éducation, à la santé, au logement.

Ensuite, parce que le 8 avril, c’est la Journée internationale des Roms. Ne les oublions pas !

La vie malgré tout

 La peur, la misère, les explusions, les préjugés : la vie des Roms de France est une succession d’épreuves. Au milieu de ce chaos, des ados s’accrochent. S’ils tiennent, c’est grâce à l’éducation. Certains vont au collège. Pour d’autres, c’est l’école qui vient à eux.

Florica : « Je ne vole pas, je ne tue pas, j’ai de bonnes notes à l’école »

 Vendredi 3 septembre. Il est midi. Sous un soleil de plomb, Bianca, 13 ans et Florica, 15 ans et demi, répondent consciencieusement à mes questions. Aujourd’hui, à l’invitation du Conseil régional d’Ile-de-France, la presse est conviée à « visiter » le village d’insertion d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Ici, les Roms parlent français, ont des papiers et un travail. Quant aux enfants, petits et grands, ils sont tous scolarisés dans les établissements du quartier.  D’ailleurs, Bianca et Florica viennent de faire leur rentrée au collège Rosa-Luxembourg, tout proche du « village ».

« On n’est pas venu en France pour mendier », insiste Dominica, leur maman. Cette mère veut donner une chance à ses deux filles cadettes. La vie en Roumanie ? « C’est la misère ! », s’exclamet-elle. Et Florica d’ajouter : « Les Roumains détestent les Roms. Il y a des discriminations, surtout à l’école ». En France, les gens sont globalement plus gentils. Sauf que, en ce moment, il ne fait pas bon être Rom. « Je ne comprends pas pourquoi nous sommes montrés du doigt ! Je ne vole pas, je ne tue pas, j’ai de bonnes notes à l’école », insiste Florica. Son plaisir de retourner au collège a été gâché par tout ce qu’elle a lu et entendu sur les Roms.

Je lui demande si je peux visiter sa maison. « Bien sûr, pas de problème ! », répond-t-elle avec un grand sourire, en me conduisant au mobil-home familial. Dominica, sa maman, avait tout prévu, au cas où des journalistes affamés et assoifés auraient envie de pousser la porte de sa maison : du café et des gâteaux, le tout installé sur une table de fête. La discussion se poursuit autour du festin. Florica et Bianca me parlent de leur avenir. En France, c’est sûr. Ni l’une ni l’autre ne veut retourner en Roumanie.

Narcisa : « J’aimerais aller au collège »

À Pantin (Seine-Saint-Denis), lundi 13 septembre, changement de décor. Ici, pas de « village », mais un campement de fortune. Les Roms vivent dans des baraques en contreplaquées. À l’entrée, c’est un gigantesque tas d’ordures et d’imondices qui m’accueille. J’accompagne Marine, une jeune enseignante pas comme les autres. Elle est attachée à un collège privé de Pantin, mais sa salle de classe, c’est un camion. Sa mission : sillonner les terrains roms et manouches de la Seine-Saint-Denis.

Pénétrer le camp de Pantin en camion n’est pas évident. Des carcasses de voiture nous empêchent de nous garer. Quand Marine descend du camion, c’est la cohue. Tout le monde parle fort et en romanes, les mères se pressent autour du camion pour faire embarquer leurs touts-petits, pieds nus et fesses à l’air, dans le camion-école. « Impossible, ils sont trop jeunes ! », indique Marine. Dès que l’effectif est au complet (dix élèves), elle ferme la porte.

Dans le camion, le campement n’existe plus, le plaisir d’apprendre prend le pas sur tout le reste. Marine demande le silence, une fois, deux fois, trois fois. Quel choc de quitter un quotidien sale et bruyant pour une salle de classe calme et propre. Narcisa, 13 ans, est assise au premier rang. Même si elle connaît quelques mots de français, je  demande à Liliana de me faire la traduction. Rom elle-même, la jeune femme est médiatrice de l’ASET* 93 et accompagne Marine sur tous les terrains roms. « J’aimerais faire des progrès en Français et surtout aller au collège », explique Narcisa. « Vous voyez bien qu’on arrive à travailler avec les Roms ! Tous ces enfants ont envie de faire quelque chose ! », me lance Liliana, qui a déjà fait les démarches administratives pour scolariser les enfants du terrain dans les établissements de Pantin. Problème : le campement va être évacué. Certaines familles ont accepté l’aide au retour. D’autres iront s’installer sur un autre terrain. Marine pourra-t-elle les suivre avec son camion ? Je me tourne vers Liliana :  « Que sera leur vie en Roumanie ? ». « C’est encore pire qu’ici ! », me jure Liliana. J’ouvre doucement la porte du camion. Dans ma tête, gravés pour toujours, les visages réjouis des enfants heureux dans le camion-école.

* Aide à la scolarisation des enfants tsiganes.

La scolarisation des Roms

> En France, l’instruction est obligatoire de 6 à 16 ans. À ce titre, les Roms de France doivent être scolarisés. Mais il y a plusieurs problèmes :

1- Pour l’inscription à l’école, la mairie demande un justificatif de domicile. Or ce type de document est difficile à obtenir pour les populations roms.

2- Les explusions découragent les familles.

3-Devenus adolescents, les garçons apprenenent souvent un métier. Quant aux filles, elles doivent garder les plus petits.

> Résultat : sur les 7000 enfants roms en âge d’être scolarisés, seuls 10% vont à l’école.

L’interview du spécialiste

Qui sont les Roms ?

La méconnaissance de cette communauté mène à la confusion et au rejet. Un spécialiste, Jean-Pierre Liégeois*, m’a aidé à y voir plus clair et à rétablir la vérité.

D’où viennent les Roms ?

À l’origine, il s’agit de populations vivant au nord-ouest de l’Inde. Autour de l’an 1000, elles se sont déplacées en Asie centrale et occidentale. Elles se sont ensuite installées en Europe orientale au 14ème siècle. Tous parlent le romani, une langue qui vient  du sanskrit, une très vieille langue de l’Inde. 

 Roms, tsiganes, gens du voyage… Quelles sont les différences ?

> Le terme « Rom », qui signifie « homme » en romani, renvoie à l’histoire et à la culture commune de toutes les populations immigrées du nord-ouest de l’Inde. C’est aussi une appellation politique choisie en 1971 par le Conseil mondial rom. Avec le temps, il a fini par devenir un synonyme de Tsiganes. Selon les lieux, ils portent des noms différents : Roms dit orientaux, fixés au départ en Europe orientale, Manouches pour ceux qui ont vécu dans les pays germanophones, Sintis pour ceux qui sont installés en Italie et  Gitans pour les tsiganes de Camargue et d’Andalousie.

> « Gens du voyage » est une appelation administrative qui regroupe les personnes sans domicile ni résidence fixe. Dès 16 ans, elles doivent posséder un livret de circulation à faire valider régulièrement auprès d’un commissariat ou d’une gendarmerie.

Les Roms sont-ils nomades ?

85% des Roms français sont sédentaires. Ils vivent dans des maisons ou des appartements. Quant aux 15% des Roms qui se déplacent, il est plus juste de parler de mobilité que de nomadisme. En effet, ces Roms ont dû intégrer la mobilité dans leur existence parce qu’ils y ont été contraints pour des raisons économiques (ils travaillent sur des marchés) ou matérielles (ils sont expulsés des terrains sur lesquels ils sont installés). Leur «  nomadisme » est une réponse à un environnement qui les rejette.

Où les Roms ont-ils le droit de s’installer ?

Depuis 1990, la loi française oblige les communes de plus de 5000 habitants à prévoir une aire d’accueil pour les voyageurs. Vingt ans après, seulement 40% communes respectent cette obligation. Les Roms et les gens du voyage s’installent donc souvent sur des terrains qui ne leur appartiennent pas. Dans ce cas, il est facile aux autorités de les expulser.

Les Roms de France sont-ils français ?

Oui, pour la plupart. La majorité des Roms qui vivent dans notre pays sont des citoyens français et cela, depuis très longtemps. Ils sont présents dans les archives depuis 1419 ! Seule une petite partie des Roms présents en France n’est pas française. Mais tous sont citoyens de l’Union européenne. C’est le cas des Roms roumains, par exemple.

Pourquoi les Roms sont-ils objet de ressentiments ?

La méconnaissance et le rejet des Roms sont une des choses d’Europe les mieux partagés. Ils sont victimes de discrimination depuis des siècles. Quand les premières familles sont arrivées en France, au 14ème siècle, des images fondées sur des à priori ont commencé à circuler. Six siècles plus tard, ce sont toujours les mêmes clichés qui circulent : les Roms sont voleurs, sales, mendiants, nomades.

Le gouvernement français a-t-il le droit d’expluser les Roms ?

En annonçant fin juillet qu’il décidera les expulsions de tous les campements en situation irrégulière, Nicolas Sarkozy visait en priorité les Roms de Roumanie et Bulgarie qui sont récemment arrivés en France. Mais il faut bien sûr des motifs réels et sérieux (trouble à l’ordre public, par exemple) pour expulser des individus. D’ailleurs, des arrêtés de reconduite à la frontière ont été annulés par les tribunaux car ils n’étaient pas fondés sur des motifs légaux.

> La France viole le droit européen. N’oublions pas que les Roms roumains sont avant tout des citoyens de l’Union euroépenne. Notre pays a été rappelé plusieurs fois à l’ordre mais reste sourd aux injonctions des institutions européennes (Conseil de l’Europe, Parlement européen) et de l’ONU.

Les Roms en chiffres

> 9 à 12 millions de Roms en Europe. C’est la première minorité.

> En France : 10 à 15 000 de Roms roumains, 400 000 Gens du voyage.

* Un grand merci à Jean-Pierre Liégeois, sociologue*. En 1979, il a fondé (et dirigé jusqu’en 2003) le Centre de recherches tsiganes de l’Université Paris 5-Sorbonne. Depuis 1982, il travaille en collaboration avec le Conseil de l’Europe. Il est auteur de nombrex ouvrages sur le sujet, notamment Roms et Tsiganes (éd. de La Découverte) et Roms en Europe (éd. du Conseil de l’Europe).

Chaque année, l’Unicef dresse un état des lieux de la situation des enfants dans le monde. En 2011, il est consacré aux adolescents. À l’occasion de la Journée de la femme, le 8 mars, voici un point sur les droits, souvent bafoués, des jeunes filles. 

illustration Alain Gonçalves

La nutrition

En Afrique de l’Ouest et centrale, ainsi qu’en Asie du Sud, les adolescents ont une mauvaise alimentation (carence en vitamines, par exemple). Mais cela peut être particulièrement graves pour les jeunes filles qui, dans ces pays, se marient et tombent enceintes durant l’adolescence. 

La santé

Les filles sont plus fragiles que les garçons vis-à-vis des risques sexuels. Dans de nombreux pays, elles ne contrôlent pas leur contraception par manque d’information. Au niveau mondial, la grossesse et l’accouchement restent les causes principales de décès des filles âgées de 15 à 19 ans ! De même, les filles risquent beaucoup plus de contracter le VIH que les garçons parce qu’elles n’ont pas la maîtrise des relations sexuelles et de l’usage du préservatif. 

L’éducation

Dans la plupart des régions du monde, le taux de fréquentation scolaire est plus faible chez les filles que chez les garçons. Pourtant, l’éducation apporte de nombreux bénéfices à long terme : recul de l’âge du mariage et diminution du nombre d’enfants par femme.  

La protection 

Les filles subissent d’avantage de violences domestiques et sexuelles, notamment en raison des mariages précoces. Dans les pays en développement (excepté la Chine), une femme sur trois est mariée avant 18 ans ! 

La liberté d’expression

Dans les sociétés traditionnelles, les filles ont moins souvent l’occasion d’exprimer leurs opinions librement et de faire entendre leur voix. 

Pour aller plus loin

Tu peux consulter le rapport complet « La situation des enfants dans le monde 2011 » sur www.unicef.fr

Ces jeunes adolescents participent à la cérémonie d

Les adolescents dans le monde

> Les 10-19 ans représentent 18% de la population mondiale. 

> 88% d’entre eux vivent dans les pays en développement, 12% dans les pays industrialisés. 

> 1 adolescent sur 5 vit en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. 

Un grand merci à Alain Gonçalves pour le prêt de son illustration (http://alain.ultra-book.com)


Qui suis-je ?

Je m'appelle Marion Gillot. Je suis reporter dans un magazine pour les 10-15 ans depuis plus de dix ans. J'ai toujours travaillé dans la presse jeune. J'aime les ados pour leur enthousiasme, leur fraîcheur, leurs rêves. Ils sont tout le contraire de ce que les médias aiment, la plupart du temps, montrer d'eux : sales, bêtes et méchants. Des ados sympas, intelligents, drôles et motivés, j'en rencontre tous les jours dans mon métier !

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